Sécurité, souveraineté & capital: le retour d’une logique de dissuasion globale

Depuis 1945, l’ordre mondial reposait largement sur le droit international, la coopération multilatérale et la dissuasion indirecte assurée par quelques grandes puissances. La conquête territoriale par la force semblait avoir été reléguée au passé et la fin de la guerre froide avait encore davantage nourri l’illusion d’une paix durable.

Le paradigme s’est donc inversé. Le monde est désormais entré dans une phase caractérisée par un risque accru et une protection institutionnelle incertaine, où la dissuasion et la souveraineté redeviennent des piliers centraux de toute réflexion nationale.

La nécessité de rétablir une capacité de dissuasion autonome

La montée des tensions géopolitiques, la fragmentation des alliances et la redéfinition des priorités stratégiques des grandes puissances ont ainsi profondément modifié l’équation sécuritaire. Cette évolution entraîne une réponse quasi universelle : le renforcement des capacités de défense nationales. Qu’il s’agisse de puissances établies ou en devenir, la logique est la même : sans défense crédible, la dissuasion n’est pas possible, mettant en péril souveraineté et développement.

Une industrie de long terme offrant une grande visibilité

Cette prise de conscience se traduit concrètement par une hausse généralisée des budgets de défense et en parallèle par une accélération des programmes d’équipement. Ces engagements s’inscrivent dans des programmes pluriannuels, avec une grande visibilité sur les carnets de commandes.

Pour les industriels du secteur, l’algorithme de croissance se décline à trois niveaux : premièrement des budgets de défense en hausse, ensuite un pourcentage alloué aux équipements en hausse sur-proportionnelle et enfin un levier opérationnel élevé entraînant une expansion des marges.

La conséquence est mécanique : une forte progression des bénéfices sur le long terme. Mais la nature des commandes implique que les bénéfices mettent du temps à se matérialiser, malgré une grande visibilité, ce qui entraîne des phases où les valorisations peuvent apparaître comme étant très élevées avant de se normaliser.

Une opportunité globale, aux déclinaisons locales

Si la thématique est mondiale, ses manifestations sont très souvent locales. Chaque pays investit selon ses priorités, en essayant souvent de favoriser le développement de capacités locales. Les achats de systèmes de défense ne sont pas non plus un choix stratégique neutre, car il s’agit généralement de sceller une forme d’alliance avec le pays fournisseur. Ces deux forces impliquent que le secteur reste naturellement fragmenté, ce qui offre des possibilités de sélection et de diversification très élevées à l’échelle globale. Ceci est encore renforcé par le fait que le secteur est encore mal compris et peu couvert par la communauté financière.

Révolution technologique et opportunités de réindustrialisation

Si la technologie a toujours joué un rôle central dans la défense, l’accélération actuelle est telle qu’elle implique une réflexion profonde sur les systèmes et les doctrines. La capacité de traitement de données, notamment liée à la prolifération des capteurs et à l’intégration d’outils d’IA, est en train de révolutionner le secteur. A ceci s’ajoute le développement rapide des drones et du domaine spatial. Au-delà du rééquipement discuté précédemment, il faut donc comprendre que cette révolution technologique en cours aura des implications profondes sur les opportunités d’investissement.

La défense a aussi un rôle à jouer dans l’industrialisation, ou parfois la réindustrialisation, des économies nationales. Il s’agit d’une industrie à forte valeur ajoutée, avec une composante R&D importante qui offre des retombées positives bien au-delà du seul secteur militaire. Ces investissements constituent donc un levier de souveraineté industrielle, de montée en compétences technologiques et de création d’emplois qualifiés.

Un changement de regard ESG

Enfin, un glissement notable s’est s’opéré dans la perception ESG. Sans effacer les débats éthiques, l’idée progresse que la sécurité est un prérequis à la stabilité institutionnelle et à la protection des libertés. Cette évolution des mentalités se reflète progressivement dans les flux d’investissement et les cadres d’analyse responsable.

Conclusion

Nous ne sommes pas face à un cycle conjoncturel, mais à une recomposition structurelle de l’ordre sécuritaire mondial. Moins de certitudes, plus de dissuasion ; moins de dépendance, plus de souveraineté ; moins d’angélisme, plus de réalisme.

Dans ce nouvel environnement, la défense devient à la fois un enjeu stratégique, technologique et économique et, pour les investisseurs, une thématique de long terme offrant diversification, visibilité et potentiel de création de valeur.